TOURISME OU VOYAGE ?Grand voyageur (devant l’inconnu), voila bientôt 20 ans que je travaille dans le tourisme, profession dont je m’extirpe petit à petit pour me consacrer à redonner du sens à une activité mettant en relation des hommes et des femmes : le voyage. “Le voyage, c’est aller de soi à soi en passant par l’autre” disait Spinoza. “Le voyage est un retour vers l’essentiel” dit un dicton tibétain. Le visiteur évoluant loin de chez lui est pourtant, dans de nombreux cas, plus touriste que voyageur. A l’intérieur du circuit cadré qui lui a été vendu, le touriste achète, consomme, vérifie, il prend, et face à lui, des prestataires se sont organisés pour prendre aussi : l’industrie du tourisme est faite de ces milliers d’échanges de biens et de services contre des billets de monnaie. Tous en sont satisfaits, les vacanciers comme les hôtes. Roi parmi les pauvres, éclaireur de la standardisation, levier direct de nombreuses inégalités et de déséquilibres sociaux et écologiques, le touriste a travaillé toute l’année et a droit de souffler à l’autre bout du monde, nez au vent ou couché face au soleil. Il ne remet pas en cause la légitimité de ce type de vacances, il n’y pense guère, et si c’est le cas, il se sent souvent bien impuissant face à ses conclusions. Parfois, le touriste se sent en voyage, lorsqu'une certaine liberté lui permet de goûter à l’aventure, au mystère, à la spontanéité, à la sincérité, à la chaleur humaine, à la gratuité, notamment lors d’un accroc au programme, d’un imprévu. Vous croirez que j’exagère, pourtant j’ai observé des années durant, de manière plus ou moins prononcée, ces comportements conditionnés en tant que guide local puis agent de voyages. Tout en étant moi-même conditionné. Le voyage, c’est tout autre chose. C’est une attitude respectueuse envers l’inconnu, envers l’autre, dans son intégrité, dans son expression, dans sa bulle. C’est une volonté de comportement d’égal à égal dans la rencontre, tout en restant soi même. C’est goûter aux réalités d’un pays sans les connaître, simplement parce qu’on y est ouvert, qu’on s’en donne le temps, qu’on se met à leur portée. C’est se laisser aller à la nature des choses, à ce que les gens sont amenés à nous communiquer, pouvoir saisir ce qu’ils vivent. C’est partager l’instant sans être entouré des conditionnements de son quotidien ni même de sa culture. A Reliances, nous essayons de construire, avec conscience et application, des circuits reliés à l'état d'esprit du voyage. Attentifs aux liens que nous inspirons entre hôtes, population et visiteurs, attentifs à notre impact, attentifs à l’espace et au temps nécessaires pour une découverte profonde, tant mutuelle que personnelle. Des séjours prolongés autour de projets fédérateurs et initiés par la population, des hébergements humbles, la visite d'un patrimoine naturel riche et authentique, nous semblent être de bons ingrédients pour un voyage complet et épanouissant. Nous veillons à limiter la taille des groupes, nous évitons la répétition des circuits. Autant de choix qui encouragent l’envie de préparer ici, de recevoir là bas, et bien sûr, de voyager. Philippe Falbet (secrétaire) Pas de mots, Stanislas de Forton (membre fondateur) |